Robotiser : un atout stratégique. Comment prendre des parts de marché en développant un avantage concurrentiel?

par | Nov 17, 2021 | Entretien expert, Formation, induspartners, Innovations

Florian Dordain est dirigeant de Tesseract Solutions, dont l’ambition est de démocratiser la robotique industrielle. A l’occasion de la sortie du parcours indusmakers dédié à la robotique qu’il a co-conçu avec notre équipe, Florian nous explique comment faire de la robotique un atout stratégique, notamment à l’heure de discours sur la relocalisation de l’industrie en France et en Europe.

 

Mettons de côté l’avantage évident de la robotique en termes de performance opérationnelle, (traité dans le parcours indusmakers que nous avons développé)En quoi la robotique peut-elle également représenter un avantage concurrentiel concret ?

La robotique peut permettre de développer des technologies non encore disponibles sur le marché, pour proposer des produits inédits (de meilleure qualité, de meilleur coût, etc.). C’est possible grâce à des projets d’innovation robotique.

Exemple : le parachèvement d’une cuve. 

Une cuve est cylindrique afin que la pression soit également répartie sur toute sa surface. 

Si les soudures ne sont pas homogènes, lisses et précises, on augmente le risque de fissure de la cuve.

Classiquement, la finition des soudures se fait avec un outil d’usinage :

    • sa dureté ‘use’ la soudure donc affecte sa qualité
    • la pression est toujours la même
    • l’angle de lissage n’est pas toujours précisément le même que celui de la cuve

Avec une solution robotisée, on peut augmenter la qualité et la régularité des soudures d’une cuve :

    • on peut utiliser un outil tendre pour lisser les soudures et ne pas affecter leur qualité
    • un capteur d’effort peut permettre de connaitre l’usure de l’outil à tout moment et adapter la pression à porter sur la surface de soudure
    • un bras robotisé possède plus de degré de libertés qu’un outil d’usinage, et peut donc adopter à chaque moment l’angle le plus pertinent pour parachever la soudure
    • enfin, le robot enregistre tous ses mouvements. Il ne peut pas oublier le lissage d’une des soudures prévues dans son cycle.

Quel retour sur investissement peut-on attendre de ce type d’innovation ?

Ces solutions R&D ne produisent pas un retour sur investissement immédiat, mais représentent un avantage concurrentiel tangible à court terme, avant de porter leurs fruits économiquement.

Le risque y est plus grand que pour un projet lié à un gain de productivité lié à de l’automatisation par exemple. Mais ce type d’investissement R&D est plus souvent subventionné par l’Europe, l’État (via la BPI) et les régions, justement parce qu’il constitue un risque. Des intégrateurs comme le CEA Tech, ou des laboratoires de recherche, sont des partenaires privilégiés de ce type de projets.

Le plan de financement de ces cellules robotisées innovantes est à établir sur plusieurs années et intégrer ses effets attendus sur les revenus (gain de parts de marché grâce à l’avantage concurrentiel).

Les coûts de ces solutions peuvent grimper très haut car elles sont pratiquement toujours du sur-mesure. De plus, comme ce sont des solutions nouvelles, les coûts sont très difficiles à estimer précisément en début de projet.

Un effet ‘secondaire’ de la mise en place de ces solutions est l’impact sur l’image de marque de l’entreprise, qui peut devenir une vitrine technologique et obtenir différents labels qui lui apporteront de la visibilité.

Suite de l’exemple de parachèvement de cuve :

La cuve produite avec la nouvelle solution aura une étanchéité supérieure à celle des concurrents, grâce au lissage des soudures au micron près. C’est un argument de vente. 

Comment mieux maîtriser les risques de ces projets ? 

La démarche de Proof of Concept (PoC) est essentielle. Elle consiste à développer par cycles relativement court, et avancer en fonction des résultats mesurés du cycle précédent. Elle permet d’avancer pas à pas, de valider peu à peu les fonctionnalités, détecter les risques, avant une mise en place en production. 

En savoir plus sur la démarche PoC, cliquez ici 

Un autre levier de réduction des risques est de fiabiliser sa prise de décision lors du projet, et notamment des retours d’expérience de chaque cycle de recherche. 

Ceci est possible en mettant en place des indicateurs concrets, fiables et mis à jour en presque temps réel. Pour cela, il est possible d’utiliser des capteurs connectés sur les solutions développées.

On parle beaucoup de relocalisation de l’industrie en France.  Qu’en pensez-vous ?

Il est vrai que le sujet de la relocalisation de notre industrie est au devant de la scène aujourd’hui. La crise Covid-19 est une des explications : la fermeture des frontières a mis en évidence à quel point nous étions dépendants des pays asiatiques notamment. Plus récemment, les pénuries de matières premières ainsi que la volatilité des prix préoccupent de nombreux industriels.

Tout ceci a démontré  que les industriels français ont besoin d’un écosystème industriel local, et de re-monter en compétences sur certains domaines. Cette relocalisation répondra au souci de sécurisation de la production. Par ailleurs, cela répondra à l’attrait croissant du Made in France chez les clients.

La robotique peut-elle être un atout pour rapatrier une partie de son activité ?

Les coûts de la production délocalisée sont souvent beaucoup plus faibles que les coûts français. C’était d’ailleurs la raison principale de la délocalisation.

Il paraît impossible aujourd’hui de tenir ces coûts de production bas avec un même effectif humain.  La robotisation, et l’automatisation de certaines tâches, permet d’assurer une même quantité de production avec une équipe plus réduite. Les opérateurs seront en charge de tâches plus complexes ou de qualité. 

Cette question est un des éléments clé du plan France Relance avec 800 millions d’euros fléchés vers la robotisation de l’industrie.

Exemple de relocalisation grâce à la robotisation

L’industrie textile est depuis quelques années portée par un élan de relocalisation. En 2021, dans le Haut-Rhin, s’est ouverte la première filière textile de lin française dans l’usine Emmanuel Lang.

De nombreux autres exemples de relocalisation de l’industrie textile existent.

La robotisation sera donc sans doute un atout essentiel de l’effort de relocalisation, couplé à une montée en compétences et savoir-faire associés. Elle ne pourra cependant pas adresser les risques de pénuries de  matières premières, auxquelles il faudra se préparer.

Mais cela, c’est le sujet de notre futur parcours ‘industrie soutenable’ 😉

Pour en savoir plus  ➡️ Le blog de Tesseract Solutions

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